Fin de partie

Quatre années d’une présidence trumpiste absurde s’achèvent sur une défaite totale. Un parti républicain dévoyé a perdu non seulement la présidence, mais encore le contrôle du Congrès, donnant ainsi au nouveau président démocrate une certaine latitude pour mettre en œuvre son programme. Ce retour à un fonctionnement démocratique des institutions malmenées par Donald Trump ne doit pas toutefois s’analyser comme un simple retour à la normale, il s’accompagne en parallèle d’une nouvelle dynamique politique dont on a vu l’expression avec l’envahissement du Capitole par des manifestants ouvertement encouragés par un président largement battu refusant le verdict des urnes. La présidence Trump n’a pas créé ces forces obscures que l’on a vu prendre d’assaut le Capitole, mais en cautionnant de manière répétée les actions même des plus extrémistes, il leur a fourni une légitimation qui les autorise, pensent-ils, à revendiquer une place incontournable et pérenne dans la vie politique américaine. Son successeur est probablement le mieux placé aujourd’hui pour conduire une présidence réparatrice, mais le chaos dont il hérite ne lui facilitera pas la tâche.
Pour les Européens, et les Français en particulier, il serait malvenu, et dangereux, de se laisser aller à une maligne Shadenfreude Continuer la lecture

Une page se tourne ?

L’élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis marque d’abord un retour à la normale. Dans le style tout d’abord, on est loin des flamboyances erratiques de Donald Trump, mais aussi par un certain nombre de gestes par lesquels le président élu a voulu se démarquer de son prédécesseur. En s’abstenant soigneusement dans ses trois interventions post électorales de revendiquer la victoire, tout en laissant entendre qu’elle était inéluctable, et en réitérant les appels à la patience envers ses électeurs et à l’unité envers l’ensemble du peuple américain, Joe Biden a en quelque sorte voulu donner le ton de la future présidence. Continuer la lecture

Lamentable, forcément lamentable

Il fallait un certain courage pour se lever, à Paris, à trois heures du matin pour regarder le premier débat présidentiel de la campagne américaine. D’autant qu’il ne fallait pas s’attendre à autre chose que cela a été : une empoignade qui a rabaissé cet exercice au niveau zéro de la politique. Il fallait être bien naïf, d’autre part, pour espérer un vrai débat sur le fond, un échange courtois sur des programmes, en bref un moment de démocratie ou deux candidats à la magistrature suprême exposent au peuple américain la manière dont ils entendent mener le pays dans les quatre années à venir. Continuer la lecture

Jeu de dupes

Jeu de dupes
Depuis le début du mouvement des « gilets jaunes », étonnamment, le monde culturel et artistique, d’habitude prompt à s’enflammer pour de grandes causes, s’était tenu à l’écart, si l’on excepte toutefois quelques individus de second rang ou sortis de la naphtaline. C’est apparemment chose faite puisque 1 400 personnes, présentées comme des personnalités du monde de la culture, ont pris récemment fait et cause pour le mouvement dans une tribune publiée dans Libération.
Le texte, dont l’orthographe dite « inclusive » ne facilite pas la lecture, se résume heureusement à une argumentation simple : Continuer la lecture

Amer 1er mai

Amer 1er mai
Philipe Martinez a beau fulminer contre le ministre de l’Intérieur qu’il accuse d’avoir saboté la manifestation traditionnelle du premier mai, la responsabilité de l’échec de cette journée n’en incombe pas moins en grande partie aux syndicats protestataires qui ont adopté une stratégie aberrante.
Pour la première fois de mémoire de syndicaliste, un premier mai se déroule avec, il faut bien le dire, une absence quasi totale des syndicats, Continuer la lecture

Marche républicaine des libertés

Devant le déchaînement de haine et de violences de la part d’une minorité qui affiche ouvertement sa volonté de bloquer le pays, il n’est plus possible de se taire ni de rester passif. Les attaques physiques contre les élus, les journalistes, les bâtiments publics, tout comme contre des lieux symboliques de l’Etat et de la République, se sont multipliées de manière récurrente au cours des dernières semaines.  Ces attaques n’ont pas été unanimement condamnées comme elles auraient dû l’être, certains espérant sans doute tirer un parti trouble d’un éventuel chaos.

Le dimanche 27 janvier, il ne s’agit pas de marcher contre qui que ce soit ni contre quoi que ce soit, mais d’abord de marcher pour manifester notre attachement à la République, aux institutions, aux valeurs qui fondent notre démocratie et qui permettent à tous de vivre un destin commun dans le respect de nos différences.

Nous avons la chance de vivre dans un pays qui compte au nombre, malheureusement restreint, des véritables démocraties dans le monde. Faisons en sorte que cela demeure. Tous ceux de quelque bord qu’ils viennent, qui adhèrent à ces principes et qui rejettent la violence, sont invités à participer à la marche qui partira dimanche 27 janvier de la place de la République à 14 h00 en direction de la Bastille.

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“Gilets jaunes”

Comme il fallait s’y attendre, la montée à Paris des « gilets jaunes » s’est traduite rapidement par des violences sur les biens et les personnes. Il fallait être ou bien d’une grande naïveté, ou d’une très grande mauvaise foi, pour essayer de faire croire que tenter d’occuper sans déclaration un espace public parisien expressément interdit par les autorités, se ferait sans débordements et sans casse. L’absence d’organisation, de dialogue avec les autorités faute d’encadrement, la volonté confuse, mais affichée, de «marcher sur l’Élysée», rassemblaient tous les ingrédients pour une journée d’affrontements violents. Continuer la lecture

Retour aux sources

En traversant la cour d’honneur de l’Élysée d’un pas de légionnaire, Emmanuel Macron a symboliquement posé les marqueurs de sa présidence qui commence : distance et maîtrise. Le – très court, en fait – suspense sur la nomination de son premier ministre, auquel les médias n’étaient pas habitués, a confirmé ce choix. Le nouveau président devrait exercer sa fonction avec hauteur et dispenser une parole rare.
Le nouveau président a expressément annoncé son intention de revenir à ce qui lui paraît être l’esprit de la Vème République et de restaurer le fonctionnement de ses institutions. En cela, il se démarque de ses deux prédécesseurs qui, par excès d’agitation ou de normalité, n’avaient pas exercé leurs fonctions au niveau attendu, ainsi que de pratiques qui se sont peu à peu imposées au cours des dernières décennies durant desquelles l’immédiateté médiatique a trop souvent dicté les priorités et la forme de la réponse qui leur était apportée. Continuer la lecture

Election, choux et carottes

La défaite de la candidate du Front national est nette, comme il fallait qu’elle le soit. Elle a certes obtenu un résultat en très forte progression par rapport au dernier scrutin présidentiel, mais, avec plus de 66% des suffrages, la victoire d’Emmanuel Macron est sans appel.
Elle est pourtant contestée par ceux qui ont appelé à voter blanc ou nul, ou à s’abstenir, au motif que le candidat d’En Marche ! n’aurait été élu que par une minorité d’électeurs et que, parmi ceux-ci, une part notable ne l’aurait pas fait par conviction profonde, mais tout simplement pour faire barrage au Front national. Cela appelle quelques observations.

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Mise à nu

Nombre de commentateurs ce matin s’interrogeaient : fallait-il y aller ? fallait-il offrir le spectacle de ce pugilat pendant lequel, deux heures trente durant, les deux candidats se sont affrontés avec une violence qu’aucun débat présidentiel n’avait connue en France jusqu’alors ? Nombreux sont ceux qui en doutaient et qui concluaient que l’on n’avait pas appris grand-chose et que la démocratie n’en sortait pas grandie.
Eh bien, il faut le dire clairement et sans ambiguïté : oui, il fallait y aller, et c’est tout à l’honneur d’Emmanuel Macron d’avoir eu le courage de faire, et, non, la démocratie n’a pas souffert de cet étalage. Bien au contraire.

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