Transactionnel

« Transactionnel »

Il est un mot qui revient sans cesse sur les plateaux de télévision, et les medias en général, pour définir la conception qu’aurait Donald Trump des relations internationales: « transactionnel ». La diplomatie étrangère trumpienne serait donc d’essence «transactionnelle ». De quoi s’agit-il, à quoi donc s’opposerait ce genre de diplomatie et en quoi s’en distinguerait-elle ? Cette qualification de la manière dont le président des États-Unis actuel sème le chaos dans le monde depuis son arrivée au pouvoir est assez étrange et appelle quelques observations.

Qu’entend-t-on par « transactionnel » ?

D’une manière générale, il s’agit d’un accord, écrit ou non, entre deux ou plusieurs parties et dont l’objet peut varier à l’infini. Qu’il s’agisse d’établir les rapports entre employeurs et salariés, entre parties à un litige, entre personnes physiques ou entre personnes morales privées ou publiques, voire, de manière plus diffuse entre partenaires dans une relation amoureuse, l’objet de la transaction est de définir les règles suivant lesquelles les parties visent à établir une relation pacifiée, stable et génératrice de bénéfices mutuels.

On est évidemment loin de la morale kantienne qui voudrait que les décisions ne soient pas mues par l’attente d’un bénéfice, mais comme la résultante d’une obligation morale.

En quoi donc la politique étrangère de Donald Trump répondrait particulièrement à ces critères à la différence de toutes les autres ? Une chose est certaine, Donald Trump escompte bien retirer des bénéfices de ses décisions lorsqu’il traite avec les autres pays, en revanche il n’entre guère dans ses calculs d’établir une relation équilibrée prenant en compte les besoins ou les attentes de l’autre. La négociation trumpienne, si toute fois on peut parler de négociation, repose sur l’emploi, ou la menace, de la force pour obtenir le but recherché et le résultat, lorsqu’il y en a un, s’apparente davantage à un contrat léonin qu’à une authentique transaction. La politique douanière menée depuis son retour à la Maison blanche en est un exemple remarquable et révélateur, il en est de même des relations avec le gouvernement ukrainien et les tentatives récurrentes d’extorsions dont ce dernier a fait l’objet au cours des dernières années.

Si ceux qui qualifient un peu légèrement la politique étrangère de Donald Trump de « transactionnelle », s’abstiennent en général de définir ce que pourrait être la nature d’une politique différente, c’est tout simplement parce que, en réalité, toute bonne politique étrangère est transactionnelle par essence. Les bonnes pratiques en matières de relations internationales consistent à établir des rapports stables, pacifiés et mutuellement bénéfiques pour toutes les parties en cause, ce qui ne correspond nullement à la pratique trumpienne fondée sur la violence et le chaos. On peut trouver bien des qualificatifs adéquats pour définir la politique du locataire temporaire de la Maison blanche : mercantile certainement, obsessionnelle, brutale, méprisante, simpliste, mais transactionnelle, non. Dans les relations internationales, transactionnel n’est pas un gros mot, il faut cesser de l’utiliser à tort et à travers. Il est, en outre, en arrière-plan d’une authentique politique étrangère transactionnelle, un élément qui la distingue radicalement de la politique trumpienne, c’est le rapport à des règles de droit et à la référence à des règles morales, souvent bafouées, certes, mais néanmoins existantes et nécessaires, qui sous-tendent les traités, les accords, les relations entre États démocratiques. En cela, de très loin certes, on peut retrouver comme un écho ironique des préoccupations du philosophe de Königsberg.

 


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