Election de Donald Trump

C’est une défaite, nette et totale. Présidence, Chambre des Représentants, Sénat, Donald Trump contrôlera tous les pouvoirs constitutionnels, le parti démocrate n’ayant même pas réussi à tempérer la victoire du candidat républicain par l’obtention de la majorité au Sénat. Certes, les pouvoirs du président des Etats Unis ne sont pas aussi étendus que l’on se l’imagine en France, il n’empêche, cette domination républicaine dans les deux pouvoirs, et bientôt dans les trois avec la Cour suprême, donnera toute latitude au futur président pour mettre en œuvre son programme. Dans quelle mesure le fera-t-il ? Les réticences au sein même du parti sur nombre de mesures annoncées par Trump et l’épreuve de la réalité du pouvoir par le président peuvent, bien sûr, infléchir la politique flamboyante du candidat, mais il ne faudrait pas sous-estimer la volonté de Donald Trump d’imprimer sa marque personnelle sur l’Amérique, comme il l’a fait de manière obsessionnelle sur toutes ses entreprises. Il serait certainement illusoire de croire que Trump au pouvoir se laissera guider ou circonvenir par des professionnels de la politique, fussent-ils du parti qu’il représente mais qu’il n’a cessé d’étriller durant toute sa campagne.
Cette élection, c’est une évidence, ne concerne pas seulement les Etats-Unis, mais aussi le reste du monde et l’Europe en particulier. Continuer la lecture

Clinton – Trump, troisième débat. “I will keep you in suspense”

Le troisième et dernier débat présidentiel n’a pas appris grand-chose de nouveau sur les candidats. Nettement plus maîtrisé pendant la première demi-heure que lors des deux précédents débats, lorsqu’ont été abordés les thèmes de la cour suprême, du second amendement et de l’immigration, Donald Trump a fait du Trump durant l’heure suivante. Eludant les questions directes du modérateur qui avait parfois peine à se faire entendre, sautant du coq à l’âne, interrompant sans cesse son adversaire (37 fois contre 5 pour Hillary Clinton selon le comptage), se cantonnant à des affirmations générales ou à des mises en cause non argumentées de son adversaire (notamment sur l’économie et la politique étrangère), Trump a conforté son image déjà désastreuse d’agitateur désordonné nullement taillé pour endosser les habits d’un président.

“I will keep you in suspense”
En refusant, comme la tradition politique américaine le veut, de dire s’il accepterait, le cas échéant, la victoire de son adversaire au soir de l’élection, Donald Trump a, sans aucun doute, commis une erreur majeure. Continuer la lecture

Bob Dylan et le Nobel – A true Poet

Il fallait s’y attendre, l’attribution du prix Nobel de littérature à Bob Dylan n’a pas fait que des heureux. Saluée par beaucoup, et non des moindres, il s’est bien entendu trouvé le concert des pleureuses habituelles pour se lamenter que le choix du jury se soit porté sur un candidat aussi indigne à leurs yeux. Au-delà des jérémiades qui laissent souvent transpirer une envie verte, que valent les regrets des littérateurs (avec un grand L), des critiques littéraires et des éditeurs ? Pas grand-chose, ou plutôt si : d’être révélateurs de l’aliénation de nombre de professionnels de la culture, d’avec ce qui est la vraie nature de la littérature, dont la poésie – l’a-t-on oublié ? – est la mère.
Bob Dylan est un poète, et un grand. Continuer la lecture

Second débat affligeant

Le deuxième débat entre les deux candidats à l’élection présidentielle américaine a confirmé ce que l’on avait pu constater lors du premier : Hillary Clinton a largement dominé son adversaire et Donald Trump, empêtré dans les polémiques d’une semaine calamiteuse, a fait preuve, une fois de plus, d’une agressivité confuse et a affiché une ignorance patente des affaires publiques. Alors que la presse française tente curieusement de présenter ce débat comme une espèce de match nul, la presse américaine, à l’exclusion de quelques sites ultra conservateurs, considère unanimement que Clinton a gardé son avantage. Tout comme après le premier débat, il est douteux que Donald Trump ait gagné quelques électeurs, en revanche, s’il conserve sans aucun doute un socle électoral qui lui reste acquis quoi qu’il fasse et quoi qu’il dise, il semble que ce socle tende à s’éroder. Les défections se multiplient parmi les soutiens qui lui restaient au sein du parti républicain et ses incartades vont jusqu’à semer le doute dans l’esprit de son colistier qui n’a pas dû apprécier que le candidat fasse état, devant des millions d’auditeurs, de leurs désaccords sur des questions importantes.
On ne sait si ce débat a été le pire de toute l’histoire américaine, comme l’a soutenu un commentateur, mais il a été certainement affligeant. Continuer la lecture

De l’utilité des débats

Le débat a eu lieu et s’il s’agissait de faire apparaître lequel des deux candidats présente, au moins à première vue, les qualités requises pour diriger un grand pays, la réponse a été très claire : il n’y en avait qu’un(e) seul(e) sur le plateau, Clinton.
Brouillon et confus, se maîtrisant difficilement, Trump a été pris à diverses reprises en flagrant délit de mensonge et, encore plus grave pour un homme politique, il s’est montré incapable en 90 minutes, d’articuler ne serait-ce qu’un embryon de programme. Une fois l’annonce répétée de réductions massives d’impôts pour les plus riches, et après avoir accusé le monde entier de « voler les jobs » des américains, il n’est guère sorti de son cas personnel et de ses succès d’homme d’affaires, n’hésitant pas à se féliciter d’avoir été suffisamment intelligent pour éviter de payer des impôts. En comparaison, Hilary Clinton a pu développer une vision et un programme, auxquels on n’est pas obligé d’adhérer, mais qui ont le mérite d’exister et d’avoir l’ambition de répondre de manière concrète à des enjeux réels. Et surtout, contrairement à son adversaire, elle donnait l’impression de savoir de quoi elle parlait. Continuer la lecture

Préserver l’Europe

    Préserver l’Europe, contre tous ces bons esprits qui s’acharnent depuis quelques décennies, et plus encore récemment à ne trouver que des défauts, sinon des dangers, à cette construction si originale et tant porteuse d’espoir à son origine.
Ils n’ont pas de qualificatifs assez durs pour vilipender une Europe fantasmatique, accusée tantôt de technocratisme incontrôlé, tantôt de libéralisme débridé, tantôt d’ignorer les citoyens, tantôt de les poursuivre d’un zèle aussi abusif que tatillon. Raillée par les uns pour son impotence supposée, elle est dénoncée par les autres comme un dangereux autocrate sans visage. Certes, la critique a pu parfois être facilement justifiée lorsqu’elle s’est laissée aller à des surenchères régulatrices aussi inutiles que ridicules. Mais que pèsent les errements sur le camembert au lait cru ou sur la teneur en beurre de cacao, face aux immenses réalisations de cette entreprise unique en son genre ? Et pas seulement le tour de force d’avoir réussi à exister et à prospérer pendant 70 ans (l’Union soviétique n’en a pas fait autant), pas seulement d’avoir garanti la paix sur le continent pendant tout ce temps. Continuer la lecture

La Grèce au bord du referendum

La Grèce au bord du referendum
Dans quelques heures, les Grecs auront décidé s’ils souhaitent continuer d’appartenir à l’Union européenne, ou s’ils choisissent d’affronter un destin solitaire. Car, malgré les déclarations plus ou moins lénifiantes des partenaires européens qui, pour diverses raisons et à des degrés divers, affirment que la Grèce doit rester dans l’Union, et malgré les mensonges du gouvernement grec qui prétend contre toute raison que sa démarche est constructive, c’est bien de cela qu’il s’agit. Continuer la lecture

Cuba au pied du mur

L’annonce par le président Obama de la normalisation prochaine des relations entre les Etats-Unis et Cuba ferme une parenthèse de cinquante-trois ans et ouvre la voie au rétablissement de relations diplomatiques, économiques et humaines entre les deux pays.

Cette décision est le résultat d’un constat d’échec, clairement formulé par Barak Obama, de la politique d’isolement et d’embargo imposée par les gouvernements américains successifs depuis la victoire de la révolution cubaine. Du simple fait que Fidel Castro et son régime aient pu survivre, en dépit des vicissitudes, à onze présidents américains successifs, on pouvait s’en douter. Mais encore fallait-il que le président actuel le dise tout haut et en tire les conséquences pratiques. En politique, les décisions les plus évidentes ne sont pas toujours les plus faciles à prendre, celle-ci est bien un geste courageux qui mérite d’être salué. Continuer la lecture

De l’exercice du pouvoir, ailleurs comme ici.

Au mois de septembre 1993, à Koudougou, lors des funérailles de Maurice Yaméogo, premier Président de la République de Haute-Volta, avant que le pays ne change de nom, tous les chefs d’Etat qui lui avaient succédé étaient présents. A priori, quoi d’extraordinaire à cela ? Seulement voilà, tous ces personnages, ou presque, avaient pris le pouvoir à la suite d’un coup d’Etat, chacun renvoyant son prédécesseur à une retraite précoce, ou à l’exil dans le cas de Maurice Yaméogo qui n’était revenu au pays que dans un cercueil.

Seul manquait à l’appel Thomas Sankara, disparu dans des circonstances encore obscures, lors de son renversement par le capitaine Blaise Compaoré quelques années plus tôt. Pour un observateur ordinaire de la scène africaine, le spectacle de cette brochette de comploteurs que l’ex-capitaine, désormais Président, avait magnanimement invités, figés côte à côte au bord de la fosse, entourés d’une foule qui se pressait dans une chaleur écrasante, avait quelque chose de surréaliste. D’ordinaire,  en Afrique, les perdants ne sont pas de la fête. Continuer la lecture

Relire Huntington

A la fin de son ouvrage « The Clash of Civilizations », Samuel Huntington avait tenté d’imaginer ce qui pourrait déclencher une guerre mondiale à notre époque. Tout en soulignant bien les limites de l’exercice, il avait imaginé un enchaînement de situations dans lesquelles les Etats-Unis pourraient être entraînés dans un conflit majeur avec la Chine, provoquant une déstabilisation générale de l’équilibre international. Partant du constat que les relations entre le Vietnam et son grand voisin, qui sont historiquement empreintes de méfiance, avaient à diverses reprises débouché sur des conflits armés violents au cours des années récentes, Huntington décrivait, afin d’avertir du danger, comment un énième conflit frontalier entre la Chine et le Vietnam pourrait entraîner les Etats-Unis et le reste du monde dans un conflit majeur, si ces derniers s’aviser de soutenir le Vietnam dans ce qui, au départ, pouvait être analysé comme une simple crise régionale.

 En 1996, date de parution de l’ouvrage, le souvenir de la guerre du Vietnam était encore récent et les relations avec Hanoï se résumant à une politique d’embargo, cet exercice de prospective pouvait paraître très théorique. Aujourd’hui on apprend, sans tambour ni trompette, que les Etats-Unis vont, pour la première fois depuis des décennies, vendre du matériel militaire au Vietnam afin de renforcer sa sécurité maritime. A part les pirates thaïlandais, on ne voit guère qu’un seul pays qui soit susceptible de troubler la paix de ces eaux par ses ambitions hégémoniques.

Certes, les acteurs de ce théâtre ne sont ni des amateurs, ni des naïfs et on devrait pouvoir leur faire crédit d’être conscients des enjeux comme des risques. Il n’en reste pas moins que toute modification, si légère soit elle en apparence, d’équilibres précaires  sur une ligne de fracture vive est hasardeuse si elle ne s’accompagne pas d’une claire connaissance mutuelle  des intentions des uns et des autres, au risque de mettre le doigt dans un engrenage fatal.

Raison de plus pour relire Huntington.