{"id":107,"date":"2014-11-20T14:10:00","date_gmt":"2014-11-20T14:10:00","guid":{"rendered":"http:\/\/carnet-libre-international.fr\/?p=107"},"modified":"2016-09-28T13:34:38","modified_gmt":"2016-09-28T17:34:38","slug":"de-lexercice-du-pouvoir-ailleurs-comme-ici","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carnet-libre-international.fr\/?p=107","title":{"rendered":"De l\u2019exercice du pouvoir, ailleurs comme ici."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Au mois de septembre 1993, \u00e0 Koudougou, lors des fun\u00e9railles de Maurice Yam\u00e9ogo, premier Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de Haute-Volta, avant que le pays ne change de nom, tous les chefs d\u2019Etat qui lui avaient succ\u00e9d\u00e9 \u00e9taient pr\u00e9sents. A priori, quoi d\u2019extraordinaire \u00e0 cela\u00a0? Seulement voil\u00e0, tous ces personnages, ou presque, avaient pris le pouvoir \u00e0 la suite d\u2019un coup d\u2019Etat, chacun renvoyant son pr\u00e9d\u00e9cesseur \u00e0 une retraite pr\u00e9coce, ou \u00e0 l\u2019exil dans le cas de Maurice Yam\u00e9ogo qui n\u2019\u00e9tait revenu au pays que dans un cercueil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Seul manquait \u00e0 l\u2019appel Thomas Sankara, disparu dans des circonstances encore obscures, lors de son renversement par le capitaine Blaise Compaor\u00e9 quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t. Pour un observateur ordinaire de la sc\u00e8ne africaine, le spectacle de cette brochette de comploteurs que l\u2019ex-capitaine, d\u00e9sormais Pr\u00e9sident, avait magnanimement invit\u00e9s, fig\u00e9s c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te au bord de la fosse, entour\u00e9s d\u2019une foule qui se pressait dans une chaleur \u00e9crasante, avait quelque chose de surr\u00e9aliste. D\u2019ordinaire, \u00a0en Afrique, les perdants ne sont pas de la f\u00eate.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui se passe aujourd\u2019hui au Burkina Faso doit \u00eatre observ\u00e9 \u00e0 travers le prisme de cette anecdote.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La soci\u00e9t\u00e9 burkinabe est une soci\u00e9t\u00e9 complexe incluant des dizaines d\u2019ethnies pratiquant autant de langues diff\u00e9rentes et faisant cohabiter des religions vari\u00e9es. Cohabiter n\u2019est d\u2019ailleurs pas un mot creux en l\u2019occurrence, puisque, \u00e0 la diff\u00e9rence\u00a0 de nombreux autres pays d\u2019Afrique et d\u2019ailleurs, cette diversit\u00e9 ne s\u2019est jamais traduite, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, par des conflits sanglants interreligieux ou intercommunautaires. Alors que le pays compte, en gros, deux tiers de musulmans et un tiers de chr\u00e9tiens (et 100% d\u2019animistes selon une plaisanterie bien connue, probablement non d\u00e9nu\u00e9e de fondement), les mariages entre individus de confessions diff\u00e9rentes y sont fr\u00e9quents et ne posent pas les probl\u00e8mes que l\u2019on conna\u00eet ailleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les raisons en sont sans doute diverses et doivent \u00eatre recherch\u00e9es dans \u00a0le mode de r\u00e9solution des conflits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a souvent cit\u00e9 le r\u00f4le de la parent\u00e8le \u00e0 plaisanterie, qui permettrait de sublimer les antagonismes entre ethnies, clans ou familles au moyen d\u2019\u00e9changes d\u2019insultes rituelles, constituant, selon l\u2019ethnologue Marcel Griaule,\u00a0 une \u00ab\u00a0alliance cathartique\u00a0\u00bb. Cette pratique traditionnelle se retrouve toutefois chez des populations de pays voisins qui sont loin de connaitre la stabilit\u00e9 burkinab\u00e9 et, sans en sous-estimer l\u2019importance, cette pratique curieuse ne suffit sans doute pas \u00e0 expliquer la basse intensit\u00e9 des diff\u00e9rents entre les groupes sociaux qui constituent la soci\u00e9t\u00e9 burbinab\u00e9 (basse surtout si on la compare avec ce qui se passe dans les pays voisins).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, il faut avoir \u00e0 l\u2019esprit le fait que l\u2019empire mossi, qui a couvert \u00e0 peu pr\u00e8s l\u2019ensemble du territoire actuel du Burkina, a assur\u00e9, du XII\u00e8me si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Fran\u00e7ais, une coh\u00e9sion sociale et culturelle remarquable garantie par des pratiques administratives \u00e9labor\u00e9es. L\u2019habilet\u00e9 avec laquelle les conqu\u00e9rants mossi ont su, en g\u00e9n\u00e9ral, int\u00e9grer les populations qu\u2019ils dominaient et les faire participer \u00e0 l\u2019administration de leur empire a \u00e9t\u00e9 un facteur de stabilit\u00e9. Cette pratique n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 interrompue avec l\u2019ind\u00e9pendance retrouv\u00e9e, puisque des membres des diverses ethnies sont pr\u00e9sents \u00e0 tous les \u00e9chelons de l\u2019Etat et de l\u2019arm\u00e9e, m\u00eame si les mossi, qui repr\u00e9sentent environ 50% de la population, dominent la vie politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui, si l\u2019on observe les participants \u00e0 la \u00ab\u00a0transition d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb qui gravitent autour du pouvoir en train de s\u2019organiser \u00e0 la suite de la chute de Blaise Compaor\u00e9, on voit que les \u00ab\u00a0t\u00e9nors de l\u2019opposition\u00a0\u00bb comme les appellent les m\u00e9dias occidentaux, ont quasiment tous \u00e9t\u00e9, \u00e0 un moment ou un autre des fid\u00e8les compagnons, et ex\u00e9cutants, du Pr\u00e9sident d\u00e9chu. Ils se retrouvent ensemble pour r\u00e9tablir un \u00e9quilibre des pouvoirs que Blaise Compaor\u00e9 avait fini par compromettre par aveuglement. Il aurait pu quitter le pouvoir et finir, comme d\u2019autres, \u00e0 la Banque Mondiale, au PNUD ou dans quelque autre institution internationale, respect\u00e9 et nimb\u00e9 de l\u2019aura d\u2019avoir \u00e9t\u00e9, somme toute, un v\u00e9ritable chef d\u2019Etat qui a su, pendant un certain temps, conduire le d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9 burkinab\u00e9 et donner un r\u00f4le reconnu \u00e0 son pays sur la sc\u00e8ne r\u00e9gionale. Seulement, voil\u00e0, en Afrique, plus qu\u2019ailleurs encore, il est difficile de concevoir une vie apr\u00e8s le pouvoir. C\u2019est pourquoi l\u2019ex capitaine aura rat\u00e9 sa sortie dans l\u2019Histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vont-ils y parvenir\u00a0? Encore une fois, il ne faut pas essayer de comprendre ce qui se passe selon les grilles d\u2019analyse en cours dans d\u2019autres r\u00e9gions du monde. La communaut\u00e9 internationale exige la remise du pouvoir aux civils\u00a0? Pas de probl\u00e8me, le conseil de transition d\u00e9signe Michel Kafando, diplomate rassurant<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, mais celui-ci s\u2019empresse de choisir comme Premier ministre le lieutenant-colonel Isaac Zida, num\u00e9ro deux de la garde pr\u00e9sidentielle qui s\u2019\u00e9tait lui-m\u00eame proclam\u00e9 chef de l\u2019Etat quelques semaines auparavant. Grande d\u00e9ception et stup\u00e9faction des commentateurs occidentaux qui s\u2019\u00e9taient empress\u00e9s de saluer la remise du pouvoir \u00e0 un civil conform\u00e9ment \u00e0 leurs voeux\u00a0! Au conflit ouvert, la soci\u00e9t\u00e9 burkinab\u00e9 pr\u00e9f\u00e8re, comme d\u2019habitude, l\u2019int\u00e9gration (ou l\u2019absorption) consensuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question est de savoir si cela marchera une fois de plus. En bloquant l\u2019\u00e9volution politique du pays, apr\u00e8s avoir lui-m\u00eame suscit\u00e9 beaucoup d\u2019espoirs, Blaise Compaor\u00e9 a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 de fortes \u00a0frustrations et des impatiences, particuli\u00e8rement dans une jeunesse, nombreuse et de plus en plus instruite, au sein de laquelle certains, qui ne l\u2019ont pas connue, r\u00eavent encore de la rupture sankariste, Les mois qui viennent nous diront si la jeune g\u00e9n\u00e9ration partage les traditions de consensus, moins exaltantes, de ses a\u00een\u00e9s, ou bien si la tentation de la violence l\u2019emporte. Afin que le Burkina Faso reste un exemple de sagesse politique, il faudra de leur c\u00f4t\u00e9, que les \u00a0responsables de la transition cultivent plus que jamais l\u2019art traditionnel de l\u2019inclusion et prennent soin de ne laisser personne sur le bord de la route.<\/p>\n<div><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> De la m\u00eame mani\u00e8re que, dans les ann\u00e9es quatre-vingt-dix,\u00a0 le m\u00eame Z\u00e9phirin Diabr\u00e9, alors ministre des finances, mais aujourd\u2019hui reconverti \u00ab\u00a0t\u00e9nor de l\u2019opposition\u00a0\u00bb, savait habilement\u00a0 fournir, \u00e0 la demande, des Tableaux des Op\u00e9rations Financi\u00e8res de l\u2019Etat qui remplissaient de joie les missionnaires de la Banque Mondiale, m\u00eame si ces fameux TOFE, au demeurant coh\u00e9rents, ne refl\u00e9taient que de loin le fonctionnement de l\u2019\u00e9conomie du pays.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au mois de septembre 1993, \u00e0 Koudougou, lors des fun\u00e9railles de Maurice Yam\u00e9ogo, premier Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de Haute-Volta, avant que le pays ne change de nom, tous les chefs d\u2019Etat qui lui avaient succ\u00e9d\u00e9 \u00e9taient pr\u00e9sents. 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